Bonne nuit, mon amour (titre original
God natt min älskade), Inger Frimansson, Éd. First, 2010, 393 pages. Traduit du suédois par Carine Bruy.
Justine Dalvik vit seule, dans la maison de son enfance, sur les rives du lac Mälar (dans les environs de Stockholm). Elle partage la demeure avec un gros oiseau qu'elle a recueilli lorsqu'il était encore un oisillon.
Justine n'a pas toujours été chanceuse dans la vie. Souffre-douleur permanent de ses camarades d'école, elle a perdu sa mère lorsqu'elle était enfant; son père, un riche homme d'affaires, a ensuite épousé sa secrétaire de direction, Flora, qui s'est révélée être une marâtre de première catégorie. Papa est mort d'une crise cardiaque, laissant sa fille adolescente aux bons soins de belle-maman chérie. Flora vit désormais à l'état de légume dans une maison de convalescence.
N'oublions pas le grand amour de sa vie, Nathan, mort récemment lors d'une expédition touristique dans la jungle indonésienne.
Justine a un peu la poisse.
Pas découragée par les aléas de l'existence, elle compte bien raviver la flamme de l'amour auprès de Hans Peter, rencontré par hasard lors d'un jogging. Hans Peter vit seul. Il occupe un poste de réceptionniste de nuit dans un hôtel. Pas glamour pour un sou, Hans Peter a trois occupations principales dans la vie: son travail, ses bouquins, et endurer les dîners de famille lorsqu'il rend visite à ses parents.
Le bonheur va-t-il enfin sourire à Justine?
* * *
J'étais très curieux de lire ce roman, qui a reçu le prix du meilleur polar de l'année lors de sa parution en Suède en 1998 (prix décerné par la
Svenska deckarakademin). Il est signé par
une auteure bien connue dans son pays, où elle écrit des romans pour tous les âges.
À la lecture, je comprends mieux pourquoi les éditeurs français ne se sont pas jetés dessus. Ce roman est en effet un peu inhabituel. Ce n'est pas vraiment un thriller, et ce n'est pas un roman policier proprement dit (un flic fait quelques apparitions dans le dernier quart du bouquin et c'est à peu près tout). First le présente comme un "
roman noir" et ça me semble une bonne étiquette pour ce livre. "
Roman noir scandinave à suspens", pour être vraiment complet!
Et le mot "
scandinave" prend ici tout son sens: peu de scènes d'action; une violence essentiellement psychologique; un nombre limité de personnages; des états d'âme qui se révèlent plus volontiers par les actes, les paroles... et parfois les silences.
C'est du scandinave "pur sucre" en quelque sorte! On y retrouve la même noirceur que chez d'autres auteurs, mais ce n'est pas joyeux comme du Läckberg, ce n'est pas du Stieg Larsson, et on n'y trouve pas de personnage "fort" et attachant comme le Wallander de Mankell ou le facétieux V.V. de Nesser.
Je glisse
Bonne nuit mon amour dans la section "
coup de cœur" bien que dans ce cas précis il faudrait peut-être parler de "
coup de cerveau", le cœur étant assez peu sollicité par ce récit d'une grande sobriété.
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Extrait
Les animaux rendaient Flora malade; ils lui provoquaient des frissons et la nausée. Un chat s'était faufilé dans l'entrée, et elle l'avait chassé à coups de balai, ses poils et sa queue se hérissant.
Quand son père lui avait souhaité bonne nuit, Justine le lui avait raconté.
Son visage se décomposa, et il lui caressa doucement la main, longtemps et doucement.
Soir après soir, elle réclamait un animal de compagnie à son père. Un chat, un chien ou un oiseau. Il l'aurait peut-être accepté, or, il était totalement soumis aux caprices de Flora.
- "Ce sont des sacs à puces et des nids à saletés, disait-elle, tandis que ses yeux de porcelaine peints les fixaient, dénués de pitié. Des bactéries. Des odeurs. Les animaux sont des animaux et ils n'ont pas leur place dans les maisons des hommes."
La fourrure de renard bleu, c'était une autre histoire. Il était mort. Elle la reçut un jour d'hiver, en geste de conciliation. Il fallait souvent apaiser Flora.
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Inger Frimansson n'en avait pas terminé avec Justine Dalvik, qui est donc revenue en 2005 dans
Skuggan i vattnet (
L'ombre dans l'eau). Roman que les membres de la
Svenska deckarakademin se sont empressés de récompenser, lui aussi!