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mercredi 29 décembre 2010

Les Anonymes : Ils auraient pu le rester...


Les Anonymes (titre original: A Simple Act of Violence), R.J. Ellory, Éd. Sonatine, 2010, 689 pages. Traduit de l'anglais par Clément Baude.

Ça m'arrive rarement, c'est en tout cas une première depuis que je gribouille sur ce blog, mais voilà un bouquin -écrit par un auteur que j'aime beaucoup- que je n'ai pas encore pu terminer.

Pour résumer mon impression générale, j'évalue grosso modo le style et la traduction à 16/20, et l'intrigue à 2/20.

Attention: ce billet contient des spoilers.

Je n'ai nullement envie de résumer l'histoire, les curieux pourront consulter le site de l'éditeur.

Première remarque, Les Anonymes ressemble un peu au (très bon) précédent roman, Vendetta. Il s'agit là aussi d'un face à face entre le "flic qui a des problèmes de famille" (l'inspecteur Robert Miller) et le "méchant mais gentil quand même" (John Robey). La CIA remplace la mafia, et nous voici transportés à Washington au lieu de la Nouvelle-Orléans.

Ces ressemblances ne suffiraient pas à elles seules pour me décourager. Une bonne variante d'un très bon roman écrit par un excellent auteur, ça ne se refuse jamais.

Malheureusement, avec ce troisième titre Ellory a opté pour la banalité et la caricature. L'intrigue de ces presque 700 pages (je reste coincé vers la page 450) pourrait se résumer en une phrase: les USA sont le Mal et la CIA est son prophète. Je n'exagère hélas que très peu.

Le "méchant" est ici un tueur de la CIA qui se retourne contre son employeur. Le lecteur a droit à ses réflexions et souvenirs dans de courts mais nombreux chapitres. C'est dans ces chapitres que réside mon problème, car il sont un festival de la caricature... Toutes les platitudes sur les vilenies de la CIA sont enchaînées les unes après les autres. La drogue aux States? Un coup de la CIA pour financer ses coups tordus en Amérique centrale. Eh oui Madame, si votre fils se drogue aujourd'hui, c'est à cause de Ronald Reagan! Le soutien américain aux Contras? Un coup de la CIA qui ne supportait pas la perspective de voir le Nicaragua transformé en Paradis Terrestre par les Sandinistes. Etc, etc...

La guerre froide? L'URSS? Connais pas. L'Union soviétique est mentionnée une seule fois (en 450 pages) pour dire que son rôle est en fait négligeable pour comprendre la politique étrangère des USA...

Ouch!

Les personnages n'échappent pas à ce traitement. À un moment du récit, lorsque Miller et le bad guy se rencontrent enfin, le célèbre Oliver North est évoqué. Eh bien le flic américain très cultivé, qui connaît les œuvres de Dürer et reconnaît sans hésitation une phrase prononcée par le Marquis Charles Maurice de Talleyrand-Périgord lors du Congrès de Vienne en 1814 (page 428 si vous ne me croyez pas), n'a jamais entendu parler du lieutenant-colonel North (1). Et que fait-il pour remédier à son ignorance? Il consulte Google et découvre avec effarement (et sans le moindre soupçon d'esprit critique) la multitude de pages Internet consacrées à North:
Une heure plus tard, assis devant son ordinateur, [Miller] inscrivit "CIA drogue" dans le moteur de recherche. Des milliers de pages s'offrirent à lui. Il cliqua sur un site et parcourut le texte qui s'affichait.
(...)
C'était comme si un monde nouveau s'ouvrait devant lui, un monde qu'il n'avait jamais soupçonné, jamais imaginé.
Re-ouch!

La prise de conscience de John Robey est une autre de ces nombreuses scènes déconcertantes. Brainwashé par la CIA (qui bien sûr ne peut recruter autrement qu'en bourrant le crâne des jeunes Américains) son job est de liquider des tas de gens (un travail de routine à la CIA, semble-t-il). Il reçoit un jour l'ordre d'assassiner un responsable sandiniste quelconque. Surpris par sa cible, le tueur se voit offrir très aimablement un whisky et se met à tailler le bout de gras avec sa victime désignée. À la fin de la conversation il appuie sur la détente, professionnalisme oblige. Mais cet échange très poli, très civilisé, va suffire pour insinuer le doute dans son esprit.

Re-re-ouch!

Et c'est comme ça tout au long du récit... Voilà un roman qui se veut sérieux, informé et "conscientisé" mais qui repose en fait sur le manichéisme et la caricature, à tel point que l'intrigue principale (l'enquête de Miller avant sa rencontre avec Robey) bien qu'intéressante, en est gâchée.

Au moins Vendetta ne prétendait d'aucune manière être une approche historique de la mafia. Le roman était très clairement une fiction. De plus on percevait dans Vendetta une certaine sympathie pour Nick le Cure-Dent et autres tueurs qui peuplent le récit. Les mafiosi de Vendetta se réunissent, mangent des pâtes en buvant du chianti, se racontent des histoires, se tapent virilement sur l'épaule et passent du bon temps. Ils trucident à tour de bras aussi, c'est leur travail, mais ils ne sont pas unidimensionnels.
On ne retrouve pas cela dans Les Anonymes. Apparemment, pour Ellory, la mafia est beaucoup plus "conviviale" et sympathique que la CIA.

* * *

En conclusion: ma déception est à la hauteur de mon admiration pour R.J. Ellory et je croise les doigts pour que le prochain bouquin retrouve le souffle des deux premiers (2). J'espère que Les Anonymes n'était rien de plus qu'un accident de parcours.

Public cible: tous ceux qui ne sont pas encore lassés, fatigués, épuisés, lessivés, saoulés par les sempiternelles rengaines "US go home" et "CIA caca". Tous ceux qui ne sont pas dérangés par les récits simplistes et manichéens. À ceux-là je dis: foncez! Comme je l'écrivais en début de billet le style est de qualité, on reconnaît bien la patte d'Ellory.

Allez... pour finir sur une remarque toute gentille (c'est Noël après tout) je reconnais volontiers que je suis un des rares (le seul?) à ne pas pouvoir adhérer à ce roman. Les critiques sont dans l'ensemble très positives, aussi bien sur les blogs (Encre Noire, Carnets Noirs, Là où les livres sont chez eux, Polar noir et blanc, Yspaddaden, Lettres exprès) que dans les médias.

[Je remercie vivement ADP et Sonatine pour m'avoir fait parvenir un exemplaire de ce livre]


---NOTES---
(1) À titre de curiosité, je signale que le magazine Marianne du 18-31 décembre 2010 consacre trois pages à l'Irangate et aux péripéties d'Oliver North... on ne peut pas vraiment dire que le bonhomme est un inconnu.
(2) Bonne nouvelle, Seul le silence et Vendetta sont disponibles au Livre de Poche. Il serait déraisonnable de s'en priver!

mardi 2 mars 2010

Les Visages, de Jesse Kellerman


Les Visages (titre original The Genius), Jesse Kellerman (fils de Jonathan et Faye), Éd. Sonatine 2009; traduction de l'anglais Julie Sibony.

Sonatine présente ainsi le bouquin (extrait): "un jeune amateur d’art nommé Ethan Muller essaie d’en savoir plus sur une série de tableaux exceptionnels après la disparition de leur auteur, Victor Cracke, un artiste reclus. Les problèmes commencent lorsqu’un flic à la retraite reconnaît dans l’un des portraits un enfant disparu quarante ans plus tôt. C’est le début d’une spirale infernale pour Ethan, qui va peu à peu perdre tout contrôle de l’affaire."

C'est un bon résumé sauf qu'il ne s'agit pas de tableaux mais de dessins sur papier A4; l'enfant n'a pas disparu mais a été violé et assassiné, le crime n'a jamais été élucidé. Le fait qu'un tel portrait apparaisse parmi les dessins de Cracke intrigue beaucoup McGrath, flic à la retraite. Ethan et lui vont creuser l'affaire...

* * *

L'histoire est centrée sur Ethan Muller, un personnage que j'ai trouvé un peu mièvre. Patron d'une galerie d'art, son principal problème consiste à ménager sa maîtresse Marilyn tout en courtisant Samantha, la fille de McGrath. Son deuxième centre d'intérêt -en dehors des femmes mûres- est Victor Cracke, mystérieux auteur de plusieurs milliers de dessins qui lui sont confiés presque par hasard (avant de s'évaporer dans la nature Victor vivait dans un immeuble appartenant au père d'Ethan, un milliardaire qui n'a pas d'excellents rapports avec ses enfants).

L'obsession d'Ethan pour Victor et ses dessins l'amène à reconsidérer le sens de sa profession de marchand d'art, ses amours, etc. Mais je ne me suis pas vraiment passionné pour ses états d'âme. Peut-être parce qu'Ethan s'adresse directement au lecteur à plusieurs occasions, excellent moyen de me rappeler que je suis assis en train de lire un bouquin et non pas en train de déambuler dans le Queens. Ou peut-être parce que j'étais mal luné ces derniers jours, hypothèse à ne jamais perdre de vue (l'auteur n'est pas seul responsable des impressions ressenties par le lecteur, après tout!)

J'ai par contre beaucoup aimé les récits parallèles qui interrompent de temps en temps les aventures d'Ethan. L'histoire des ancêtres Muller tout d'abord, qui commence avec l'arrivée en Amérique de Solomon Mueller. Descendu du bateau sans un sou, il aura la chance de vivre the American dream. Jesse Kellerman passe très rapidement sur la saga familiale; c'est dommage car plusieurs de ces Muller valent apparemment le détour.

Ces histoires sont parfois dures, toujours prenantes, et Kellerman aborde un thème immortel de la littérature: l'amour... et les fleurs amères qu'il engendre parfois.

Ces courtes biographies rendent Ethan un peu fade, par contraste.

Au final, je garde de cette lecture une impression mitigée, mais néanmoins globalement bonne. L'intrigue est basée sur de très bonnes idées mais -j'avoue que c'est subjectif- les personnages les plus intéressants ne sont pas suffisamment exploités.

D'autres avis: Carnets noirs (Morgane se dit indécise et dubitative à propos du roman, et explique pourquoi); Nancy et Canel ont beaucoup aimé.

mardi 23 février 2010

Les Lieux sombres : Day-livrez nous du Mal


Les Lieux sombres (titre original Dark Places), Gillian Flynn, Éd. Sonatine 2010, traduction Héloïse Esquié.

On est seulement en février mais je peux déjà affirmer que Les Lieux sombres est un incontournable de l'année 2010. Sonatine est décidément une maison qui compte dans le monde du polar.

On retrouve un peu de l'atmosphère de Seul le silence d'Ellory dans ce roman. Gillian Flynn nous offre elle aussi une plongée dans l'Amérique profonde, cette fois entre le Missouri et le Kansas.

Les Lieux sombres est le deuxième roman de Gillian Flynn. Le premier s'intitulait Sur ma peau, disponible au Livre de Poche. S'il est de la même veine il faudra que je trouve un moment pour le lire.

* * *

Libby Day est une survivante. En 1985, âgée de 7 ans, elle échappe au massacre de sa famille dans leur ferme délabrée à Kinnakee, un bled paumé du Kansas. Sa mère Patty et ses deux sœurs, Michelle et Debby, sont assassinées. Libby parvient à s'enfuir dans la nuit. Lors de l'enquête et du procès elle témoigne contre son frère aîné, Ben. Ben a 15 ans; il est condamné à la prison à perpétuité. Libby passe alors de mains en mains puis, à l'âge adulte, s'installe à Kansas City dans le Missouri.

Elle ne travaille pas mais vit des dons jadis envoyés par des âmes charitables, émues par son triste sort. Mais l'argent finit par manquer car Libby a désormais 32 ans, elle n'est plus compétitive sur le marché de la compassion. Elle subit la concurrence de jeunes filles en détresse bien plus attendrissantes qu'elle. Ça la fout en rogne, Libby.

Elle reçoit un jour une étrange proposition de Lyle, trésorier du Kill Club. Les membres de ce club bizarre, fascinés par les meurtres célèbres, sont disposés à payer pour pouvoir la rencontrer. Ils sont également intéressés par les "objets souvenirs" de l'époque du meurtre. Libby est pragmatique et elle a besoin d'argent. Elle accepte.

Elle découvre un groupe de gens passionnés par "les meurtres satanistes de Kinnakee". Elle réalise surtout que son frère a un fan-club, essentiellement féminin, qui se démène pour prouver son innocence et le faire libérer. Le fan-club a ses théories sur le véritable assassin et a besoin de Libby Day pour les étayer.

Pour l'argent d'abord, pour satisfaire son propre besoin de savoir ensuite, Libby va plonger dans les souvenirs, retourner à Kinnakee, rendre visite à son frère en taule, et chercher, fouiller parmi les ombres du passé.

* * *

"La mesquinerie qui m'habite est aussi réelle qu'un organe. Si on me fendait le ventre, elle pourrait fort bien se glisser dehors, charnue et sombre, tomber par terre, et on pourrait sauter dessus à pieds joints. C'est le sang des Day. Il a quelque chose qui cloche."

Selon un procédé classique (et ici très bien maîtrisé) le récit alterne entre deux époques: les vingt-quatre heures précédant le triple meurtre en janvier 1985, et le présent.

En 1985, le lecteur suit les faits et gestes de Patty, la mère de famille, et Ben, le fils aîné. À l'époque actuelle nous accompagnons Libby.

Ces trois personnages -comme les autres d'ailleurs- sont merveilleusement dépeints. Patty Day est la femme au foyer, qui s'occupe seule de ses quatre enfants (l'ex-mari, Runner le bien nommé, n'est pas du genre à payer une pension alimentaire). En prime elle doit faire tourner la ferme héritée de ses parents.

C'est l'occasion pour Gillian Flynn de rappeler une certaine réalité : les banques qui incitaient les fermiers à s'endetter pour l'achat de matériel dernier cri, la concurrence de plus en plus féroce des pays étrangers comme l'Argentine, la baisse des prix, la pauvreté qui s'installe, et en bout de course la saisie des biens puis des terres. Patty voit avec angoisse cette dernière étape s'approcher.

Ben Day est un personnage tragique lui aussi, dans un autre genre. Son principal souci est d'entrer dans la confrérie des Hommes, des Vrais. Mais il ne sait pas bien comment faire. En l'absence de figure paternelle il s'efforce de trouver ailleurs le modèle dont il a besoin. Le moins qu'on puisse dire est que ses choix ne sont pas toujours très judicieux. Il est souvent agaçant et l'envie de lui tirer des baffes titille le lecteur à maintes reprises. Bref, il est parfait...

Libby Day entre discrètement dans la catégorie "petite, teigneuse, mais on l'aime quand même", aux côtés de Lisbeth Salander. De petite taille (1m58), pas très sociable, méfiante, voleuse et un peu menteuse, elle promène sur le monde et ses frères humains un regard ironique et franchement désabusé.

Ébranlée par la foi qui anime les adeptes du Kill Club, elle va ouvrir la porte au doute... était-ce vraiment Ben qu'elle avait vu et entendu cette nuit-là, il y a vingt-cinq ans?

Des personnages superbes pour un très, très bon roman.

Voir aussi: Carnets noirs, Canel.

dimanche 17 janvier 2010

Vendetta - autobiographie d'un tueur


J'ai toujours détesté les histoires de mafieux. Romans ou films.

Même pas fichu de voir en entier Le Parrain, avec le gros Brando. Je m'endors ou quitte la pièce. Sans parler de la pitoyable version avé l'assent tournée en France avec l'oubliable Roger Hanin dans le rôle du parrain. Ennui total. Manque d'intérêt. Dès que je vois un borsalino, je zappe.

J'ai donc été bien embêté en apprenant que le deuxième roman de R.J. Ellory aurait pour thème la mafia.

Seul le silence (Éd. Sonatine) m'avait emballé. Ce n'était pas tout à fait un polar, presque une saga. Impossible de ne pas lire le prochain Ellory...

Avec Vendetta (trad. Fabrice Pointeau, toujours chez Sonatine) on change de décor mais on trouve quelques ressemblances. L'aspect biographique du récit, principalement.

Vendetta est l'histoire d'une rencontre entre un flic et un mafioso. La fille du gouverneur de Louisiane, Catherine Ducane, disparaît. Le cadavre de son garde du corps est retrouvé dans le coffre d'une ancienne voiture de luxe, rue Gravier, à la Nouvelle-Orléans. Le kidnappeur entre en contact avec les agents du FBI chargés de l'enquête. Il est prêt à la libérer mais ne réclame pas d'argent... il exige de pouvoir parler longuement avec Ray Hartmann, en tête à tête.

Hartmann est flic, à New York. Lorsque le FBI l'informe des exigences d'un kidnappeur en Louisiane, il ne comprend pas. Son seul lien avec la Louisiane c'est qu'il est né et a passé son adolescence à la Nouvelle-Orléans. Son frère et son père y sont morts, mais c'était il y a bien longtemps. Ce n'est qu'à la toute fin du roman que Ray saura pourquoi il a été choisi par le kidnappeur.

Le deal est simple: Hartmann écoute jusqu'au bout, sinon la fille ne sera jamais retrouvée.

Ray est un bon flic, très "polar": il flirte avec la boisson et s'est fait mettre à la porte par sa femme, Carol. Sa fille Jess lui manque beaucoup et il voudrait sauver son mariage, arrêter d'agir comme "un connard" et retrouver sa famille. Ce n'est vraiment pas le moment d'aller traîner en Louisiane alors que Carol est enfin disposée à le laisser revoir Jess mais, hey, a cop's got to do what a cop's got to do!

Hartmann va donc se retrouver dans sa ville natale. Il passera une partie de ses journées avec un vieux monsieur bien habillé, Ernesto Perez. C'est lui le kidnappeur. C'est lui qui a exigé de parler à Hartmann avant que le gouverneur, Charles Ducane, puisse retrouver sa fille.

Et il en a des choses à raconter, Ernesto Perez... il est né à la Nouvelle-Orléans lui aussi, mais a suivi une autre voie. Son talent, c'est le meurtre. Remarqué par la mafia, il a passé sa vie au service des "familles". Était-ce affaire de choix ou bien de circonstances? Perez pense avoir fait ce qu'il fallait afin de survivre et devenir quelqu'un ("L'astuce, c'est de continuer de respirer"). C'est ce qu'il va raconter à Hartmann pendant que le FBI, dans les pièces voisines, enregistre et écoute chaque mot, chaque phrase.

Parallèlement à la confession (mais en est-ce bien une?) de Perez, Hartmann et le FBI tentent d'utiliser les informations divulguées par le vieux mafioso afin de retrouver Catherine Ducane. Mais le FBI a un problème: le récit d'Ernesto Perez est complet. Très complet. Rapidement des noms célèbres surgissent: Jimmy Hoffa, les Kennedy, Marilyn Monroe... La liste -à leur grand désarroi- ne s'arrête pas là. Que faire de ces révélations?

L'heure tourne. Catherine Ducane est retenue quelque part. A-t-elle de quoi manger? Il ne faudra pas contrarier Ernesto Perez si on veut qu'il crache le morceau...

* * *

C'était la ville facile, la briseuse de cœurs. La Nouvelle-Orléans, où ils enterraient les morts au-dessus du sol, où les guides touristiques recommandaient de marcher en groupe, où tout coulait en douceur, comme dans du beurre, où quand vous jouiez à pile ou face, la pièce retombait neuf fois sur dix du bon côté.
C'était le cœur de tout, le rêve américain, et les rêves ne changeaient jamais vraiment, ils s'estompaient juste et étaient oubliés dans le lent glissement frénétique du temps.
Parfois, ici, il était plus facile d'étouffer que de respirer.

Vendetta est bien tel que je le craignais. C'est plein de mafiosi aux surnoms ridicules: L'aspirine (parce qu'il calme les "maux de tête" du Don), Dix-Cents (il laisse une pièce de 10 cents sur le corps des "problèmes résolus"). C'est bourré de testostérone, d'amitiés viriles, de "chi se ne frega!" et de flingues.

Mais... mais il y a le talent d'Ellory. Son remarquable talent de conteur d'histoires. Ellory ne se contente pas de mettre en scène un mafioso, il peint une fresque. Il nous entraîne de la Nouvelle-Orléans à La Havane à l'époque de la révolution (le père d'Ernesto était Cubain), puis à Las Vegas lorsque les "familles" transforment la ville en capitale du jeu, New York, Los Angeles, Chicago...

Ernesto Perez est un Petit Poucet du crime. Il sème des cadavres. C'est son boulot. Il résout les "problèmes". Définitivement. Tout cela sans jamais se faire pincer par les flics (ou par une "famille" concurrente).

Pourquoi donc ce type, qu'aucun flic ne recherche, a-t-il franchi de son plein gré la porte du FBI à la Nouvelle-Orléans? Pourquoi s'est-il livré? Pourquoi veut-il raconter sa vie?

La réponse est dans le bouquin, mais elle m'a semblé presque secondaire comparée à la saga qui occupe la majeure partie du récit.

[Un grand merci à Jasmine pour le SP]


Autres avis: Morgane (Carnets noirs) a beaucoup aimé, Nancy également.