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jeudi 25 mars 2010

Kallentoft et Theorin: liens en vrac

Quelques liens & lectures à propos de deux récentes parutions.

Hiver, de Mons Kallentoft : j'avais déjà noté un article du Magazine Littéraire. Du côté des blogs, d'autres billets sont référencés sur Blog-O-Book.

Des billets également pour L'Écho des morts, de Johan Theorin: suivre ce lien vers le B-O-B. Ajoutons à cela Hannibal le Lecteur et Planète Polars (qui gagne la palme du meilleur titre avec "Johan Theorin, déjà un auteur-phare"!)

Toujours à propos du bouquin de Theorin: lu une critique plutôt enthousiaste dans le cahier littéraire du Figaro du jeudi 11 mars. Extrait: "Johan Theorin appartient à cette nouvelle génération d'auteurs qui pourraient être les héritiers d'un Simenon transposé dans le monde du XXIe siècle, latitude nord. Aucun serial killer ne rôde dans ses pages (...) Mais il y a l'atmosphère, finement rendue, par petites touches successives, le chuintement du vent sur la lande, la vision de la mer prise dans la glace, la chaleur des intérieurs confits dans l'hiver."

La chaleur de la grande baraque vide d'Åludden est toute relative, mais lorsque souffle le blizzard nul doute que même les cabanes de pêche d'Öland ont des allures d'accueillantes auberges!

L'édition française du Theorin est arrivée à la maison hier soir (j'en remercie Jasmine & Albin Michel). La rencontre avec l'original suédois s'est bien passée, les deux volumes se sont regardés un long moment d'un air méfiant mais ils sont désormais inséparables. Je prendrai évidemment un moment pour relire le roman en français, histoire de contrôler mon niveau de lecture en VO (mais ça ne fera pas l'objet d'un billet :-p)

Il existe un point commun entre Kallentoft et Theorin, outre la nationalité et la langue. Tous les deux ont en effet commencé une série romancière [pfiouh je ne devrais pas écrire le soir] rythmée par les saisons. Kallentoft a déjà publié dans son pays les volets "hiver", "été" et "automne" (seul le premier a pour le moment été traduit en français). De Theorin nous pouvons lire les romans se déroulant en automne et en hiver; le roman du printemps sera quant à lui dans les vitrines le 6 mai 15 avril en Suède. Une question a été posée par certains critiques et lecteurs: que va-t-il arriver au vieux Gerlof Davidsson à la fin du quatrième et dernier roman, celui de l'été? L'auteur laisse planer le doute sur son destin...

[Parlant de Simenon... son fils Pierre se lance dans le monde du polar avec Au nom du sang versé. Le roman a été écrit en anglais, can you believe it?]

mardi 9 mars 2010

AuteurEs

À l'occasion de la Journée de la femme 2010, Gunilla Wedding (1) raconte dans sa chronique que durant les dix années 1998-2007, c'est plus de 80 femmes qui ont commencé une carrière d'auteur, en Suède.

Pendant les dix années précédentes, 1988-1997, le nombre était de... 16. Et durant les dix ans avant ça, 15.


---NOTES---
(1) Membre de la Svenska deckarakademin; a rédigé un chapitre sur Helene Tursten dans l'ouvrage collectif Tretton svenska deckardamer (bouquin consacré à 13 auteures suédoises de polar) publié en Suède en 2009. C'est de l'intro de cet ouvrage que Wedding tire la statistique sur les auteures suédoises.

samedi 6 mars 2010

Le Magazine littéraire à propos de Kallentoft

Le Magazine littéraire #493 du mois de janvier propose en page 44 , sous la plume d'Alexis Brocas, une très courte critique du bouquin de Mons Kallentoft, Hiver.

Brocas a une bonne opinion du roman de Kallentoft. Il y voit même une forme de dissidence vis-à-vis des grands noms du "genre procédural nordique" comme Sjöwall & Wahlöö, puis Henning Mankell ou Arnaldur Indridason, auteurs qui ont "imposé une forme et une écriture cherchant l'économie de tout mot, phrase ou développement superflus."

Brocas poursuit plus loin: "Moins radical que [Johan Theorin] dans son opposition aux grands anciens, [Mons Kallentoft] signe néanmoins, avec Hiver, un roman montrant que le genre peut évoluer vers moins de sécheresse." À l'appui de cette remarque Brocas mentionne notamment "les monologues post mortem de la victime" qui "fournissent un contrepoint fantastique au réalisme de l'enquête."

Je n'aurais peut-être pas associé les romans d'Arnaldur Indridason à une notion de "sécheresse" (Håkan Nesser ou Arne Dahl feraient de meilleurs exemples), mais l'analyse est très intéressante.

mercredi 20 janvier 2010

Un "ami" de Stieg Larsson publie une bio controversée


"Seigneur, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge."

Un bouquin vient de sortir en Suède. Il fait déjà beaucoup parler puisque ça concerne Stieg Larsson.

Ceux qui ont lu la trilogie pourront commencer par sortir le tome 3 et regarder à la page 238. Mikael Blomkvist vient demander un service à Kurdo Baksi, patron des éditions Svartvitt.

Kurdo Baksi existe, Svartvitt également (quelques infos sur cette page en anglais d'Expo, le magazine où bossait Larsson). C'est précisément ce Baksi qui est l'auteur de "Min vän Stieg Larsson" (Mon ami Stieg Larsson), sorti aux éditions Nordstedts il y quelques jours (en parallèle de l'édition papier sont également disponibles le livre lu, CD ou MP3, et le livre électronique, voir par exemple le site Adlibris).

Les réactions sont mitigées car Baksi parle d'articles biaisés et de données carrément inventées par Larsson à l'époque où celui-ci bossait à TT (l'équivalent suédois de l'AFP). Larsson y aurait été un "journaliste médiocre manquant d'objectivité" (The Local).

Åsa Linderborg d'Aftonbladet semble douter de l'amitié qui, selon Baksi, existait entre lui et Larsson. La compagne de ce dernier, Eva Gabrielsson, a réagi très vivement: "Kurdo is trying to do a character assassination of Stieg as a journalist. This is pure slander" (The Local, article découvert grâce à Nordic Bookblog). Elle aussi remet en cause le lien "amical" entre Baksi et Larsson: "Gabrielsson says that Stieg Larsson only cooperated with Baksi for a short period on an anti-racist magazine and a few political articles in the 1990s and that Baksi did not actually know the author that well". Baksi de son côté déclare que Larsson l'appelait "petit frère" tandis que lui-même appelait la compagne de Larsson "grande sœur".

L'ancien boss de Larsson à TT a de son côté fait connaître sa bonne opinion du travail fourni par son ancien employé, mettant en cause les allégations de Baksi.

Baksi (qui affirme que Larsson était son meilleur ami, Dagens Nyheter) a réagi face à ces vigoureuses critiques (site de Sveriges Television): "Tout d'abord j'ai dit en effet que Stieg était un bon journaliste à Expo, mais pas à TT" (För det första så har jag ju sagt att Stieg var en bra journalist på Expo, men inte på TT). "Je ne pensais pas que mon copain était un mauvais journaliste, mais je ne trouvais pas non plus que c'était un très, très bon journaliste. C'était un journaliste médiocre et je crois qu'on peut tous être d'accord là-dessus" (Jag tyckte inte att min kompis var en dålig journalist, men han var inte heller en väldigt, väldigt bra journalist. Han var en medioker journalist och det tycker jag att vi alla kan vara överens om).

Dernière question posée par SvT: "Tu mentionnes trois articles. Larsson a travaillé de nombreuses années à TT. Est-ce que ces [trois] articles sont représentatifs de ses méthodes de travail comme journaliste?" (Du nämner tre artiklar. Larsson jobbade i många, många år på TT. Ska de representera hans journalistiska arbetsmetod?) Baksi répond: "Je ne pense pas que ces articles doivent représenter Stieg Larsson. Absolument pas. J'ai pensé que c'était un truc amusant et j'en ai parlé dans mon livre" (Jag tycker inte att de här artiklarna ska representera Stieg Larsson. Absolut inte. Jag tyckte att det var en rolig grej och skrev om det i min bok)

Véritable ami ou pas, la bio proposée par Kurdo Baksi devrait bien se vendre. Le petit parfum de dispute et de scandale qui entoure sa sortie ne pourra que booster un peu plus les ventes. L'éditeur a fait son choix.

Finalement, Stieg Larsson aura bien été l'un des rares à ne pas avoir profité du succès de Millénium.

Ajout 21/01: Mikael Ekman, reporter à Expo, a déclaré (Svenska Dagbladet) que le bouquin de Baksi contient des erreurs factuelles (par exemple l'affirmation selon laquelle Larsson forçait ses collaborateurs à travailler tellement dur qu'ils préféraient claquer la porte). Selon Ekman, la rédaction d'Expo se penche actuellement sur le contenu de la biographie de "l'ami" et fera sans doute connaître prochainement son avis dans un communiqué. Kurdo Baksi doit avoir les oreilles qui sifflent fortement depuis quelques jours!

samedi 16 janvier 2010

A puff of visible breath

L'excellent blog Scandinavian Crime Fiction référence un article signé Laura Miller, disponible sur le site du Wall Street Journal: The Strange Case of the Nordic Detectives.

Le sujet: pourquoi les polars scandinaves ont-ils un tel succès, notamment aux USA?
What's the appeal of all this blood on the snow, police boots crunching over frozen grass and detectives whose every utterance comes in a puff of visible breath against a background of interminable night? Many of us do seem to be having an Ingmar Bergman moment right now.

(...) In Scandinavian detective fiction, this stoic ideal takes the form of a stalwart, methodical practicality. Almost all Nordic crime novels are procedurals, a genre that focuses on the often monotonous, day-to-day details of police work.
Ce n'est pas le premier article qui se pose cette question, le genre scandinave étant a priori assez éloigné du style américain que Miller décrit avec précision (et beaucoup d'humour):
Americans make procedurals too, but we prefer to trick them out in sexy technology (as seen in the TV series "CSI" and its countless spinoffs and imitators) and we like to put a hothead maverick like Michael Connolly's detective, Harry Bosch, in charge to fend off any hint of tedium. The American procedural requires at least one car chase, a dollop of gunplay and a few showdowns with the rules-bound, overly political department brass, so that our hero can demonstrate that his commitment to justice is purer and more passionate than his bosses'.
Selon Laura Miller, c'est précisément la sobriété des "héros" de polars scandinaves qui joue en leur faveur auprès du public:
Despite the existential malaise that frequently afflicts the characters of Nordic noir, the stern, bare-bones simplicity of its problem-solving methods is one of the form's austere pleasures. Like the arctic cold, the rigor is bracing. It transports us to a world where charm and glamor barely exist and count for little when they do, a world refreshingly free of flimflam, hype or irrational exuberance. What matters is putting one foot in front of the other and not stopping.

(...) The detectives of Nordic noir aren't impatient, eccentric geniuses or action heroes. Their methods—determination, humility and endurance—are available to everyone.
Je serais tout de même curieux de voir Bruce "Brute" Willis dans le rôle de Kurt Wallander. Pour le fun.