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mardi 15 juin 2010

Chambre numéro 10 - Winter à l'hôtel


Chambre numéro 10 (titre original Rum nummer 10), Åke Edwardson, 10/18, 2008, 502 pages (première édition JC Lattès 2007). Traduit du suédois par Marie-Hélène Archambeaud.

Pas mal, cette 6e aventure du commissaire Erik Winter, le plus dandy des flics suédois. En VO il s'agit toutefois de la septième: voir le récapitulatif de la série.

Winter est presque joyeux. Enfin, disons qu'il semble un peu moins dépressif. Il est l'heureux papa de deux petites filles et vit toujours avec la belle Angela. Pendant que sa petite famille se dore au soleil de la Costa Blanca, Winter enquête sur une mort mystérieuse et poursuit sa longue rumination sur l'état de la société suédoise en général et de sa ville, Göteborg, en particulier.

Tout commence dans la chambre numéro 10 de l'hôtel Revy. Un établissement à la réputation un peu douteuse. Le personnel y découvre le corps de la jeune Paula Ney. Elle est morte pendue, sa main droite a été peinte en blanc. Elle laisse une lettre. L'hypothèse du suicide ne tient pas longtemps la route.

La longue, très longue traque de l'assassin commence.

Pour Winter, la mort de Paula Ney dans la chambre numéro 10 ravive des souvenirs. Près de vingt ans auparavant, alors qu'il était un petit nouveau au sein de la police criminelle de Göteborg, il avait enquêté sur la disparition d'une femme, Ellen Börge. Ellen n'a jamais été retrouvée, mais les policiers avaient découvert à l'époque qu'elle était passée par cette même chambre, dans ce même hôtel. Est-ce une coïncidence?

* * *

Comme d'habitude, le rythme du récit est (très) lent. Les dialogues sont nombreux, les personnages se passent la balle avec brio. Ils s'engueulent, se lancent de petites vannes, ou réfléchissent à haute voix.

Puisque Winter se souvient de la lointaine affaire Börge, certains passages se déroulent dans le passé. Ces paragraphes s'insèrent dans le récit principal et ne sont signalés que par un simple saut de ligne. Mieux vaut être attentif.

L'intrigue est suffisamment complexe pour donner du fil à retordre aux lecteurs. Un bon "petit" Winter.

dimanche 18 avril 2010

Un cri si lointain - Autopsie d'un neurasthénique

Un cri si lointain (titre original Rop från lång avstånd), Åke Edwardson, 10/18, 2004, 520 pages (première édition JC Lattès 2003). Traduit du suédois par Anna Gibson. Deuxième enquête du commissaire Erik Winter.
- Alors mon cher Zig, qu'as-tu pensé de ce roman?
- Que dis-tu?
- Un cri si lointain, qu'en as-tu pensé?
- Que peut-on penser d'un cri...
- Qu'il est proche. Ou lointain.
- Ou trop faible pour être entendu par les secours?
- Oui.
- Je ne sais pas. Je...
- Tu n'as pas aimé.
- Quoi?
- Tu as détesté, avoue-le. Vas-tu avouer?
- Calme-toi, Zag. Tu te trompes.
- Donc tu as aimé.
- Tu simplifies, comme toujours.
- Je ne vois vr...
- [l'interrompant] Il fait chaud encore aujourd'hui.
- Oui.
- L'air brûle les poumons.
- Et les cerveaux, Zig, et les cerveaux.
- Est-ce qu'il reste du café?

Voilà à quoi pourrait ressembler le début d'un billet sur Un cri si lointain, rédigé sous la forme d'un petit dialogue "à la Winter".

La lecture de ce bouquin m'a rappelé quelques films vus il y a une centaine d'années (environ) dans le cadre d'une rétrospective Ingmar Bergman. Le polar d'Edwardson est sans doute le plus "bergmanien" des romans que j'ai eu l'occasion de lire depuis l'ouverture de ce blog. Ce n'est pas nécessairement un compliment, et certainement pas un reproche. Mais le lecteur a un petit effort à fournir. Il faut accepter de s'immerger dans l'histoire (lente) et les ruminations (fréquentes) du plus neurasthénique des enquêteurs scandinaves. À côté d'Erik Winter, Erlendur Sveinsson est un jovial boute-en-train...

Au départ, il y a bien sûr un cadavre. Celui d'une femme dans la petite trentaine. Blonde. Inconnue. Abandonnée dans un fossé, quelque part à l'est de Göteborg. Erik Winter interrompt ses courtes vacances (bien que riche, il s'ennuie très vite) pour commencer une longue enquête sur la mystérieuse femme et son passé. Un élément inquiétant est révélé par l'autopsie: la victime a eu au moins un enfant. Qui et où sont-ils?

* * *

L'intrigue ne manque pas d'intérêt, mais les 520 pages du récit abordent bien d'autres sujets. À commencer par le flic, Winter, que l'on suit jusque sous la douche (l'été suédois est toujours caniculaire... dans les polars). Il s'habille chic grâce à Armani, Cerutti, Tutti Quanti, mais il n'y a rien de chic dans sa façon de voir le monde qui l'entoure.

"Les lumières de la ville se devinaient vingt kilomètres plus loin à travers la pluie fine et la matinée grise, comme de la pisse sur une neige sale."

Ses déboires amoureux sont assez amusants (si on les compare au reste du récit). Angela veut une vraie vie de couple, Winter ne souhaite pas changer ses habitudes de célibataire et s'accommode très bien de leurs rencontres épisodiques. Il se transforme en anguille dès qu'Angela aborde la question. C'est un champion de la réponse monosyllabique et du changement de sujet.

Pour un flic comme Winter, toute festivité est cause de problèmes, toute manifestation une source de désordre et de violence. La vue d'une pancarte de revendication provoque chez lui une crise de pessimisme. En fait, il ne rate jamais une occasion de méditer sur l'état de délabrement de la société suédoise. On retrouve ici la thématique "critique sociale" tant appréciée chez les auteurs de polars scandinaves, mais poussée à un degré tel qu'elle perd parfois de sa pertinence. Un passage m'a quelque peu agacé: un immigrant kurde dont la demande d'asile a été refusée prend un enfant en otage (on trouve une scène très semblable au début du Misterioso d'Arne Dahl). Un événement de ce genre a peut-être eu lieu en Suède à cette époque (Un cri si lointain a été publié en 1998, Misterioso en 1999) mais le désir de dénoncer l'indifférence bureaucratique des institutions suédoises aboutit finalement à une caricature... des Kurdes.

Ces petites maladresses ne doivent pas cacher l'essentiel: un polar lent et lourd qui plaira aux amateurs de spleen policier.

mardi 5 janvier 2010

Un deuxième Kanger s'en vient

SkandiLit signale aimablement en commentaire du billet consacré au Temps du loup la parution prochaine d'un deuxième Thomas Kanger: Les disparus de Monte Angelo (traduction de Gränslandet), "une autre enquête de la commissaire Elina Wiik". La parution est programmée pour le 4 mars 2010 en France. Il faut compter environ 4 semaines de plus pour le voir arriver au Québec (les livres font la traversée en bateau, les veinards).

À noter la parution prochaine du Temps du loup au format poche (SkandiLit, encore) chez 10-18.

Merci pour ces infos!