samedi 9 janvier 2010

Solstorm - La deuxième mort de Viktor Strandgård


Åsa Larsson (le prénom se prononce "ôssa") est née à Uppsala, en Suède en 1966. Quand elle avait quatre ans ses parents se sont installés à Kiruna, en Laponie, au nord du cercle polaire. C'est là qu'elle a grandi avant de retourner à Uppsala pour étudier le droit fiscal.

Åsa Larsson a écrit une série de quatre romans policiers qui mettent en scène Rebecka Martinsson, une jeune femme qui a grandi à Kiruna, étudié à Uppsala pour devenir avocate, puis a trouvé un poste d'assistante dans un cabinet d'avocats de Stockholm. Sa spécialité: le droit fiscal. J'espère que les ressemblances s'arrêtent là car la vie de Rebecka est plus que mouvementée.

Les romans ont été publiés de 2003 à 2008: Solstorm, Det blod som spillts (Le sang répandu), Svart stig (Noir sentier), Till dess din vrede upphör (Jusqu'à ce que cesse ta fureur).

Bonne nouvelle pour les francophones, le premier roman a été traduit et publié chez Gallimard en 2006 sous le titre "Horreur boréale", traduction Philippe Bouquet. Comme j'avais déjà acheté la version originale avant de découvrir l'existence de la traduction, j'en ai profité pour roder un peu mon suédois.

* * *

Solstorm signifie "tempête solaire". Ces tempêtes qui génèrent un flot accru de particules traversant l'espace avant de rencontrer la haute atmosphère terrestre et engendrer les aurores boréales.

L'histoire se déroule à la mi-février; à cette époque de l'année à Kiruna le soleil a déjà fait un timide retour mais les nuits sont encore bien longues. C'est au cours d'une de ces nuits que le jeune Viktor Strandgård meurt poignardé, le regard fixé sur le ciel hivernal qui se déploie au-delà des vastes fenêtres de la Kristallkyrkan (l'église de cristal). Seul témoin de son meurtre: une aurore boréale qui traverse paresseusement la voûte céleste.

Fait inhabituel, c'est la deuxième fois que Viktor meurt (mais cette fois-ci sera la bonne). Viktor est en effet célèbre pour avoir vécu une NDE (near-death experience) suite à un accident durant son adolescence. Ranimé in extremis par les urgentistes, le jeune homme s'était mis à raconter ses visions et sa visite au Paradis... Pain béni pour l'Église évangélique dont il était paroissien, son histoire a donné naissance à un livre traduit en plusieurs langues. Surnommé Paradispojken (le garçon du Paradis), Viktor est devenu un prédicateur populaire, champion de l'imposition des mains, de la prière et du "parler en langues". Son charisme a attiré vers sa communauté dons et nouveaux fidèles pour la plus grande satisfaction des trois pasteurs qui se partagent la direction d'une paroisse devenue riche.

Qui a pu vouloir tuer le garçon du Paradis? Pourquoi mutiler son corps? Pourquoi en pleine nuit, dans l'église?

L'inspecteur Sven-Erik Stålnacke est chargé par le procureur Carl von Post de résoudre rapidement l'affaire. Stålnacke va convaincre sa collègue Anna-Maria Mella, bien qu'enceinte et en congé maternité, de lui donner un coup de main. L'antipathique von Post mérite bien son surnom de von Pestråtta (litt. un rat porteur de la peste). Il est obtus, ambitieux bien au-delà de ce que ses compétences lui permettent d'espérer, et se soucie bien plus de sa carrière que d'établir la vérité.

Rebecka est entraînée dans cette histoire par la sœur de la victime, Sanna, qui l'appelle à l'aide peu de temps après avoir découvert le corps de son frère. Rebecka a jadis bien connu la paroisse, les pasteurs, Viktor et sa sœur. Elle les a fréquentés dans sa jeunesse et a eu pour guide spirituel un des trois pasteurs: Thomas Söderberg.

Rebecka est très réticente à l'idée de retourner à Kiruna, ce qui permet de comprendre dès le début du roman qu'il y a un lourd contentieux entre elle et ses anciens amis. Mais elle se laisse attendrir, pense aux deux filles de Sanna qui subissent elles aussi le choc de la mort violente de leur oncle, et prend un billet d'avion pour Kiruna, plusieurs années après avoir quitté la ville pour ne plus y revenir.

* * *

Solstorm a eu un beau succès en Suède, a été couronné "meilleur premier roman 2003" par la Svenska Deckarakademin. Le roman a donné naissance à un film (trailer visible sur YouTube) dans lequel le rôle principal est tenu par l'actrice Izabella Scorupco dont la photo orne la couverture du livre de poche. Cet intérêt est selon moi mérité car c'est une bonne histoire. L'intrigue n'est pas très originale en soi -on peut même anticiper certains événements- mais elle est très intéressante, bien racontée, et l'auteure concocte un final plein d'action tout en gardant une ou deux cartes dans sa manche pour étonner agréablement les lecteurs.

Le cadre, Kiruna en hiver, est parfait. Pas uniquement parce que c'est exotique mais parce que la noirceur des âmes fait un beau contraste avec la pureté de la neige et la pâle lueur des aurores boréales.



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6 commentaires:

christophe a dit…

Merci pour toutes ces précisions car le 4ème de couverture de ce bon livre était particulièrement laconique, tout comme le bandeau qui indiquait, si mes souvenirs sont bons, quelque chose comme "grand prix du polar suédois" sans dire qui l'avait décerné, quand...

Paul Arre a dit…

bonjour Christophe!

les bandeaux ne sont pas seulement incomplets, ils sont parfois erronés: voir par exemple le bandeau qu'Albin Michel avait placé sur L'heure trouble

http://polarpolaire.blogspot.com/2009/09/lheure-trouble-lenvol-de-theorin.html

et pourtant ils avaient fait un effort en mentionnant le nom de l'institution (en anglais... bizarre) et l'année!

En général il faut aller fouiller ailleurs pour trouver des informations un peu plus complètes sur les auteurs, etc.

skandilit a dit…

Bien résumé. Je l'ai lu fin-novembre (en traduction anglaise) et j'ai eu à peu près la même appréciation que vous ; j'y ai passé un bon moment, surtout avec cette belle atmosphère hivernale dans le nord de la Suède, mais sans plus. Curieuesement, alors que Solstorm était disponible en français avant de l'être en anglais, Random House est aujourd'hui rendu à en avoir publié trois des quatre romans de la série, alors que Gallimard n'est guère avancé dans les traductions. Et pourtant, ils ont acheté les droits de traduction pour au moins le deuxième volume.

C'est vrai que les éditeurs se ridiculisent souvent avec leur « prix du meilleur polar suédois » alors que l'auteur a eu le prix pour un autre roman, ou a obtenu le prix du meilleur premier polar. Et, tout anglophone que je suis, ça m'énerve qu'ils mettent « Glass Key Award » et « Swedish Academy of Crime » à tout bout de champ, alors que ces choses n'ont strictement rien d'anglais à la base. J'aime bien ces Folio Policier (ceux de Staffan Westerlund je crois) que Gallimard a décidé d'enjoliver avec des bandeaux fluo qui portent tout simplement la mention totalement neutre de « Polar suédois ». Ça me plaît de penser qu'aujourd'hui ces deux mots suffisement à eux seuls comme argument de vente.

Paul Arre a dit…

les éditeurs anglophones semblent plus logiques dans leur approche: quand ils traduisent une série, ils la traduisent! En commençant par le #1 et en avançant ensuite titre par titre (contrairement à Seuil pour la série Van Veeteren par exemple)

j'étais justement en train de réfléchir à ce problème des séries, par exemple la promesse de belles confusions au Canada entre "Echoes from the Dead" et "L'écho des morts" (2 titres identiques qui désignent 2 ouvrages différents de Johan Theorin)... j'ai commencé à me faire de petites listes à usage perso pour m'aider à m'y retrouver mais ça pourrait être intéressant de les mettre en ligne

skandilit a dit…

Dans les langues que je comprends plus ou moins, pour moi ce sont les éditeurs allemands qui font vraiment leur boulot comme il faut. Ils traduisent tout (mais absolument tout !), et ils le font dans le bon ordre. Je reprends justement mes cours d'allemand dans quelques jours, et une des raisons que je le fais, paradoxalement, est pour améliorer mon accès à la littérature scandinave. Globalement, les anglophones sont pas mieux que les francophones. Par exemple, Penguin Amérique du Nord n'a publié que quatre Åke Edwardson, et ce dans le désordre le plus complet, alors que Lattès est rendu beaucoup plus loin, et ils les ont publié dans le bon ordre.

Pour ce qui est de Håkan Nesser, aujourd'hui les quatre premiers sont disponibles en anglais, mais ils n'ont pas été publiés dans le bon ordre. En plus, Random House refuse de commercialiser le premier et le quatrième au Canada, donc on est obligé de les importer de l'étranger. L'idéal pour moi dans un cas comme ça c'est d'avoir les deux langues ; comme ça je peux lire 1-5, ainsi que le 7, ce qui n'est pas mal (évidemment tous les 10 sont disponible en allemand depuis très longtemps, et sa nouvelle série est déjà rendu à son troisième titre).

Ce que j'ai trouvé de mieux pour me retrouver dans les différentes séries (titre original, titre français, titre anglais, ordre dans la série, etc.) est LibraryThing. Il intègre toutes les éditions dans toutes les langues dans une seule « oeuvre », et permet aussi de rassembler les oeuvres dans des séries. Ça me permet de voir dans un coup d'oeil où j'en suis dans telle ou telle série. Je suis tombé par hasard sur votre bibliothèque LibraryThing l'autre jour, et je vous conseillerais de vous en servir davantage, car ça marche vraiment très bien :-)

En passant, il y a des bruits qui courent comme quoi le nouveaux Theorin chez Albin Michel s'intitulera finalement « La nuit la plus sombre » et non « L'écho des morts ». J'espère vraiment que ce sera le cas...

Paul Arre a dit…

Il va falloir que je prenne un peu de temps pour tenter de maîtriser LibraryThing alors... le côté joyeux foutoir m'avait fait un peu peur :)

Theorin II : j'avais d'abord entendu parler de La nuit la plus sombre, puis de L'écho des morts (isbn 9782226195791)

le premier aurait l'avantage d'éviter toute confusion