dimanche 17 janvier 2010

Vendetta - autobiographie d'un tueur


J'ai toujours détesté les histoires de mafieux. Romans ou films.

Même pas fichu de voir en entier Le Parrain, avec le gros Brando. Je m'endors ou quitte la pièce. Sans parler de la pitoyable version avé l'assent tournée en France avec l'oubliable Roger Hanin dans le rôle du parrain. Ennui total. Manque d'intérêt. Dès que je vois un borsalino, je zappe.

J'ai donc été bien embêté en apprenant que le deuxième roman de R.J. Ellory aurait pour thème la mafia.

Seul le silence (Éd. Sonatine) m'avait emballé. Ce n'était pas tout à fait un polar, presque une saga. Impossible de ne pas lire le prochain Ellory...

Avec Vendetta (trad. Fabrice Pointeau, toujours chez Sonatine) on change de décor mais on trouve quelques ressemblances. L'aspect biographique du récit, principalement.

Vendetta est l'histoire d'une rencontre entre un flic et un mafioso. La fille du gouverneur de Louisiane, Catherine Ducane, disparaît. Le cadavre de son garde du corps est retrouvé dans le coffre d'une ancienne voiture de luxe, rue Gravier, à la Nouvelle-Orléans. Le kidnappeur entre en contact avec les agents du FBI chargés de l'enquête. Il est prêt à la libérer mais ne réclame pas d'argent... il exige de pouvoir parler longuement avec Ray Hartmann, en tête à tête.

Hartmann est flic, à New York. Lorsque le FBI l'informe des exigences d'un kidnappeur en Louisiane, il ne comprend pas. Son seul lien avec la Louisiane c'est qu'il est né et a passé son adolescence à la Nouvelle-Orléans. Son frère et son père y sont morts, mais c'était il y a bien longtemps. Ce n'est qu'à la toute fin du roman que Ray saura pourquoi il a été choisi par le kidnappeur.

Le deal est simple: Hartmann écoute jusqu'au bout, sinon la fille ne sera jamais retrouvée.

Ray est un bon flic, très "polar": il flirte avec la boisson et s'est fait mettre à la porte par sa femme, Carol. Sa fille Jess lui manque beaucoup et il voudrait sauver son mariage, arrêter d'agir comme "un connard" et retrouver sa famille. Ce n'est vraiment pas le moment d'aller traîner en Louisiane alors que Carol est enfin disposée à le laisser revoir Jess mais, hey, a cop's got to do what a cop's got to do!

Hartmann va donc se retrouver dans sa ville natale. Il passera une partie de ses journées avec un vieux monsieur bien habillé, Ernesto Perez. C'est lui le kidnappeur. C'est lui qui a exigé de parler à Hartmann avant que le gouverneur, Charles Ducane, puisse retrouver sa fille.

Et il en a des choses à raconter, Ernesto Perez... il est né à la Nouvelle-Orléans lui aussi, mais a suivi une autre voie. Son talent, c'est le meurtre. Remarqué par la mafia, il a passé sa vie au service des "familles". Était-ce affaire de choix ou bien de circonstances? Perez pense avoir fait ce qu'il fallait afin de survivre et devenir quelqu'un ("L'astuce, c'est de continuer de respirer"). C'est ce qu'il va raconter à Hartmann pendant que le FBI, dans les pièces voisines, enregistre et écoute chaque mot, chaque phrase.

Parallèlement à la confession (mais en est-ce bien une?) de Perez, Hartmann et le FBI tentent d'utiliser les informations divulguées par le vieux mafioso afin de retrouver Catherine Ducane. Mais le FBI a un problème: le récit d'Ernesto Perez est complet. Très complet. Rapidement des noms célèbres surgissent: Jimmy Hoffa, les Kennedy, Marilyn Monroe... La liste -à leur grand désarroi- ne s'arrête pas là. Que faire de ces révélations?

L'heure tourne. Catherine Ducane est retenue quelque part. A-t-elle de quoi manger? Il ne faudra pas contrarier Ernesto Perez si on veut qu'il crache le morceau...

* * *

C'était la ville facile, la briseuse de cœurs. La Nouvelle-Orléans, où ils enterraient les morts au-dessus du sol, où les guides touristiques recommandaient de marcher en groupe, où tout coulait en douceur, comme dans du beurre, où quand vous jouiez à pile ou face, la pièce retombait neuf fois sur dix du bon côté.
C'était le cœur de tout, le rêve américain, et les rêves ne changeaient jamais vraiment, ils s'estompaient juste et étaient oubliés dans le lent glissement frénétique du temps.
Parfois, ici, il était plus facile d'étouffer que de respirer.

Vendetta est bien tel que je le craignais. C'est plein de mafiosi aux surnoms ridicules: L'aspirine (parce qu'il calme les "maux de tête" du Don), Dix-Cents (il laisse une pièce de 10 cents sur le corps des "problèmes résolus"). C'est bourré de testostérone, d'amitiés viriles, de "chi se ne frega!" et de flingues.

Mais... mais il y a le talent d'Ellory. Son remarquable talent de conteur d'histoires. Ellory ne se contente pas de mettre en scène un mafioso, il peint une fresque. Il nous entraîne de la Nouvelle-Orléans à La Havane à l'époque de la révolution (le père d'Ernesto était Cubain), puis à Las Vegas lorsque les "familles" transforment la ville en capitale du jeu, New York, Los Angeles, Chicago...

Ernesto Perez est un Petit Poucet du crime. Il sème des cadavres. C'est son boulot. Il résout les "problèmes". Définitivement. Tout cela sans jamais se faire pincer par les flics (ou par une "famille" concurrente).

Pourquoi donc ce type, qu'aucun flic ne recherche, a-t-il franchi de son plein gré la porte du FBI à la Nouvelle-Orléans? Pourquoi s'est-il livré? Pourquoi veut-il raconter sa vie?

La réponse est dans le bouquin, mais elle m'a semblé presque secondaire comparée à la saga qui occupe la majeure partie du récit.

[Un grand merci à Jasmine pour le SP]


Autres avis: Morgane (Carnets noirs) a beaucoup aimé, Nancy également.

4 commentaires:

carnetsnoirs a dit…

Et oui, même si on n'est pas fan de mafia, on se fait avoir quand même :-) C'est là le talent d'Ellory et on craque tous!

Paul Arre a dit…

c'est ce que je me disais en lisant le roman... "mais c'est pas possible, je ne devrais pas aimer ça!"

sacré Ellory!

2 bons romans coup sur coup, cet auteur est certainement un gars à surveiller!

Aifelle a dit…

Je n'avais aucune envie de me lancer dans une histoire de mafiosi, mais la Louisiane et ce que vous en dites .. je vais y regarder de plus près.

Paul Arre a dit…

Si vous avez aimé le Ellory de Seul le silence... l'histoire ici est différente, mais on retrouve cette sensation de pesanteur, de grandeur et de lenteur.

Un style bien à lui.

La violence est très présente, et toujours en suspens la question du choix: choisit-on son destin, ou bien les circonstances s'en chargent-elles pour nous?

PS: vraiment très belles vos photos hivernales!