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samedi 5 juin 2010

Soirée James Ellroy

Les éditions Rivages et leur distributeur au Canada, Dimédia, organisaient jeudi soir un petit cocktail en l'honneur de James Ellroy. [Merci, Mathieu, pour l'invitation!]

Un mot sur le cadre: le cocktail se déroulait au 36e étage de l'hôtel Marriott Château Champlain, dans le centre-ville de Montréal. Depuis les baies vitrées on avait une vue splendide sur la ville et le mont Royal en arrière-plan. Mon logement aurait pu entrer tout entier dans le salon de réception. Ça ne me déplairait pas d'y emménager pour profiter d'un tel panorama de nuit comme de jour...

James Ellroy était bien évidemment présent et s'est aimablement mêlé aux invités. J'ai ainsi eu l'occasion de démontrer ma maîtrise de l'art de la conversation (ironie...) notamment lorsque son épouse s'est approchée. Mon anglais parlé n'est pas parfait, le brouhaha me dérangeait, et je n'avais pas compris qu'il s'agissait de Madame Ellroy:
- Alors comme ça vous travaillez chez Rivages?
- No. I'm his wife.
- Oh... Serveur, svp, pourriez-vous ouvrir une fenêtre, que je me jette dans le vide?
- Désolé, monsieur, les fenêtres ne s'ouvrent pas.
- Je vois... dans ce cas donnez-moi un autre verre de vin, voulez-vous?
Très professionnel, le service.

Après une présentation de l'auteur par Pascal Assathiany (fondateur de Dimédia et DG des éditions Boréal) et François Guérif (directeur de collection chez Rivages), nous avons eu droit à une lecture -en anglais- d'un extrait du début d'Underworld USA par James Ellroy soi-même.

L'auteur a commencé par quelques remarques, notamment sur son succès en France: "Je vends plus de livres en France que dans mon PUTAIN DE PAYS" ("my own FUCKING COUNTRY"), les lettres capitales sont là pour marquer une nette augmentation du volume. Waouh, pas étonnant qu'il séduise les Français de France avec de telles entrées en matière!


La lecture était tout un spectacle. Ellroy lisait avec beaucoup d'intensité, sautillait parfois sur place, écartait jambes et bras... il mettait beaucoup de cœur à l'ouvrage. Ce n'était plus tout à fait une lecture, presque un one man show (comment dit-on en bon français? seul en scène?)

Je garde en souvenir un exemplaire dédicacé d'Underworld USA. J'ai hésité à demander une signature (je craignais vaguement qu'Ellroy me hurle "What's your FUCKING NAME?!") mais l'occasion était trop belle.

Un grand bravo aux organisateurs.

Underworld USA est discuté chez Carnets Noirs, Là où les livres sont chez eux.

Mise à jour: la visite à la Librairie Monet (mais aussi le cocktail au Marriott) racontée chez Carnets Noirs. Deux autres blogs sont référencées, sans oublier l'article de Nathalie Petrowski.

lundi 8 mars 2010

Chambre noire - le charme des vieilles photos


Chambre noire, d'Eva-Marie Liffner (titre original Camera), éd. Rivages coll. Thriller 2007, traduit du suédois par Marie Ollivier-Caudray et Esther Sermage.

Ce roman a été désigné "meilleur premier roman de l'année" par la Svenska deckarakademin lors de sa parution en Suède en 2001.

Est-ce lié à la traduction? Au style de l'auteur? J'ai eu du mal à m'accrocher à l'histoire, pourtant prometteuse quand on lit la présentation de l'éditeur:
"La photographe Johanna Hall découvre, dans l'appartement de son oncle Jacob dont elle vient d'hériter, une série de photographies et un journal codé qu'elle finit par déchiffrer. Le journal la ramène à Londres en 1905, époque à laquelle Jacob était l'apprenti du photographe Herbert Burrows. Annie Besant et Helena Blavatsky régnaient alors sur la société théosophique de Londres, où se pressaient des célébrités telles que Yeats ou Shaw. Mais aussi l'étrange révérend Leadbeater. Ce dernier, voyant en la photographe "un moyen de réunir le corps et l'âme", entraîne Burrows dans d'inquiétantes "expériences" qui déboucheront sur un scandale. Sur les traces de son oncle, Johanna revisite des lieux marqués par le drame et voit, au fil de son enquête, se dessiner une terrible vérité."
Le récit alterne entre le présent et les recherches menées par Johanna Hall à Londres d'une part, et d'autre part le passé que le lecteur découvre à travers des extraits du journal de Jacob Hall essentiellement. Plusieurs personnages du roman ont existé, tels Madame Blavatsky (fondatrice de la Société théosophique) ou le révérend Leadbeater.

Hélas, le récit est composé de phrases de ce genre : "Les fenêtres à peine ouvertes, la circulation dense de la Friggagata gronde, et de temps à autre, un client couvert de cuir teste une meule en faisant trembler tout le quartier, posé sur les fonds argileux du Göta Älv, comme un plat en daube à l'ancienne sur une assiette fêlée en porcelaine de Rörstrand." (p.26)

De quel client s'agit-il? Je l'ignore. Ce détail mis à part, même en remplaçant Friggagata par Rue de la Gare, Göta Älv par la Loire et Rörstrand par Limoges, l'ensemble reste un peu lourd. Sans compter les chevaux qui bougonnent (p.15). Ça bougonne, un cheval? Bon, ce sont des chevaux londoniens, ceci explique peut-être cela...

Ce polar intéressera surtout les passionnés de photographie puisque Johanna Hall aime bien discuter des anciennes méthodes de prises de vue et de développement (quelques passages instructifs, même pour les béotiens qui comptent le rester). Ceux qui ne s'intéressent ni aux secrets des photographes ni aux gourous de la Société théosophique devront batailler avec un texte qui est tout sauf fluide.

Petit conseil : ce n'est vraiment pas une lecture idéale pour les transports en commun.

Plus d'informations (et d'enthousiasme) en anglais sur Swedish Book Review.

Un 2e roman d'Eva-Marie Liffner intitulé Imago va arriver prochainement au Québec, encore chez Rivages (avec une traductrice différente).

samedi 10 octobre 2009

Leif GW Persson: retour sur l'affaire Palme


Né en 1945 à Stockholm, Leif G.W. Persson a été assistant puis enseignant aux universités de Stockholm et Linköping, et à la fin des années soixante, conseiller auprès du Chef de la police nationale. Il perdra –temporairement– cet emploi en 1977, soupçonné d’avoir fourni une information à un journaliste du Dagens Nyheter (à propos du ministre de la Justice de l’époque et de son penchant pour les prostituées).

Il profite de ce temps libre pour compléter ses études et commencer une carrière d’auteur de romans avec Grisfesten (non traduit en français) qui met en scène un ministre… amateur de prostituées! Il a écrit à ce jour huit romans, dont trois ont été traduits en français.

Son travail d’auteur de romans policiers sera couronné deux fois par la Svenska Deckarakademin (Académie suédoise du roman policier) : en 1982 pour Samhällsbärarna (non traduit en français), et en 2003 pour En annan tid, ett annat liv (Sous le soleil de minuit, édité aux Presses de la Cité, coll. Sang d’encre en 2006, repris au Livre de Poche en 2008).

A aussi été traduit en français : La nuit du 28 février, Presses de la Cité, coll. Sang d’encre, 2005 (repris au Livre de Poche).

Leif G.W. Persson est également l’auteur, avec Jan Guillou, de « livres pour l’homme » (mansböcker), malheureusement (?) pas disponibles dans notre langue, comme Le grand livre du macho ou Le livre de cuisine des gars.

Dans Comme dans un rêve (Éd. Rivages, trad. Esther Sermage), l’auteur met de nouveau en scène le personnage de Lars Martin Johansson, qui occupe désormais le poste de chef de la Direction nationale de la police judiciaire. Johansson va charger une petite équipe de rouvrir discrètement l’enquête sur le plus célèbre meurtre commis en Suède : l’assassinat du premier ministre Olof Palme en 1986.

Criminologiste et auteur, Leif G.W. Persson s’est beaucoup intéressé à l’affaire Palme, qui n’est officiellement toujours pas résolue. Un homme, Christer Pettersson, avait pourtant été arrêté en décembre 1988, jugé en juin-juillet 1989 et condamné à la prison à perpétuité. Le procès d’appel renversera toutefois la décision et Pettersson sera libéré (septembre-octobre 1989). Il meurt en 2004.

Les multiples pistes suivies par les enquêteurs n’aboutiront pas (piste kurde, piste sud-africaine, etc.), ce qui laisse une large place à l’imagination des amateurs de complots… et des auteurs de polars.

* * *

Pourquoi maintenant?

Il y a prescription pour les meurtres, en Suède, après 25 ans. L’assassinat d’Olof Palme sera donc prescrit le 1er mars 2011. À partir de cette date le meurtrier ne pourra plus être inquiété. Un autre auteur suédois, Thomas Kanger, base l'intrigue d'un de ses romans sur ce fameux délai de 25 ans : Le temps du loup, Éd. Presses de la Cité, coll. Sang d’encre, avril 2009)

L'approche de cette date limite va très certainement susciter, en Suède, un renouveau d'intérêt pour l'affaire Palme.

* * *

Rappel des événements

Photo ci-contre: Olof Palme et sa femme Lisbet en 1976 (source Kriminalkanalen).


Résumé des événements : le vendredi 28 février 1986, le premier ministre suédois, Olof Palme, donne congé à sa garde rapprochée à l’approche de la fin de semaine, puis quitte les locaux du gouvernement en fin d'après-midi.

Olof Palme rentre chez lui, dans la Vieille Ville, seul et à pied.

Après dîner, sa femme et lui quitteront leur domicile, prendront le métro (toujours sans gardes du corps), retrouveront leur fils et sa compagne au Cinéma Grand sur le boulevard Sveavägen (photo de gauche, source Wikipedia).

Après le film les deux couples partiront chacun de leur côté. Alors qu’ils se dirigeaient à pied vers la plus proche station de métro le couple Palme est attaqué par surprise par un homme armé, au coin des rues Sveavägen et Tunnelgatan.


Olof Palme reçoit une balle dans le dos. Le tueur tire une deuxième fois, en direction de l’épouse du premier ministre, sans l’atteindre.

Il est 23h21, la plus grande chasse à l’homme de Suède vient de commencer.

Image de gauche: carte des environs du crime et positions des principaux témoins (détails Kriminalkanalen)