mercredi 11 novembre 2009

Olycksfågeln - L'Oiseau de mauvais augure

Olycksfågeln, Éd. Forum, 2006 - à paraître en français chez Actes Sud. Si l'éditeur maintient le même rythme que pour les trois premiers titres la version française devrait être disponible d'ici mai ou juin 2010.

Mise à jour avril 2010: eh bien mon petit calcul s'avère exact puisque le bouquin est annoncé pour le 5 mai en France, soit probablement début juin au Québec. Le titre sera L'Oiseau de mauvais augure.

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Le quatrième roman de Camilla Läckberg, Olycksfågeln, commence par un accident de la route qui coûte la vie à Marit Kaspersen, une commerçante de la localité... mais est-ce bien un accident? Cette question va occuper les policiers du commissariat de Tanumshede (1) au début du bouquin.

Contrairement aux précédents romans de la série, l'enquête démarre lentement. Ce n'est pas très grave car il se passe malgré tout bien des choses et de nombreux personnages doivent être présentés.

L'accident initial tout d'abord, qui a des conséquences sur les proches de Marit Kaspersen: sa compagne Kerstin avec laquelle Marit vivait "dans le placard" depuis quelques années; son ex-mari Ola qui n'a pas toujours bien accepté son nouveau mode de vie; et Sofie, la fille qu'elle a eue avec ce dernier.

L'histoire débute également avec l'arrivée d'une nouvelle recrue au commissariat. Hanna Kruse se joint aux enquêteurs et plonge tout de suite dans l'action. Ambitieuse, elle compte bien saisir l'occasion pour mériter sa place au sein du groupe.

Pendant ce temps une émission de "télé-réalité" -sorte de Loft Story alcoolisé- installe ses caméras dans une maison à Tanumshede. Six jeunes vont y vivre et se mêler à la petite communauté, sous les yeux avides des caméras. Aux commandes de Fucking Tanum (c'est le nom de l'émission) se trouve un producteur cynique, Fredrik Rehn, qui a un allié dans la place en la personne du kommunalråd (une sorte de maire, élu par le conseil municipal), Erling W Larson. Ces deux personnages sont assez caricaturaux (Erling ressemble à l'antipathique maire des Dents de la Mer, ça ne nous rajeunit pas).

Les six jeunes avides de célébrité sont, eux, plus intéressants. Il y a Uffe, l'abruti musclé qui cache son insécurité sous une épaisse couche de fanfaronnades; Lillemor, la fausse blonde qui préfère qu'on l'appelle Barbie et qui mise beaucoup sur son physique pour avancer dans la vie; Jonna, qui souffre d'avoir deux parents indifférents et se taillade régulièrement les avant-bras pour exorciser son mal-être; Mehmet, qui a conscience d'avoir déçu ses parents et cherche son propre chemin; Calle, le fils à papa qui passe le plus clair de son temps à claquer l'argent du paternel dans les bars branchés de Stockholm; Tina, qui voit dans l'émission un tremplin vers son rêve de toujours, devenir chanteuse.

Enfin il y a les joies et les peines de la petite famille que nous connaissons bien désormais: le policier Patrik Hedström et sa compagne Erica Falck, leur fille Maja qui ne parle pas encore mais sait très bien se déplacer à quatre pattes. À ce trio s'ajoutent Anna et ses deux enfants, Adrian et Emma. La raison de la présence d'Anna se trouve dans le roman précédent, le Tailleur de pierre.

La maisonnée est saisie d'une agitation frénétique, mais je vous laisse découvrir pourquoi.

La foudre va soudain tomber sur la "pas-si-paisible" localité: l'éboueur de Tanumshede (2) découvre un corps dans un container à ordures.

Les révélations -et les cadavres- vont dès lors se succéder.

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Le quatrième roman de Camilla Läckberg a les qualités et les défauts des précédents.

Parmi les défauts je range quelques invraisemblances. J'ai ainsi beaucoup de mal à croire qu'une promenade au bord de la mer suffise pour mettre fin à six mois de dépression. Par ailleurs, bien que ne connaissant pas le niveau de professionnalisme des policiers suédois, je trouve surprenant qu'ils puissent parfois laisser échapper d'importants indices, laissant le soin à Patrik Hedström de les découvrir.

Ces menus défauts n'empêcheront pas le lecteur de se plonger avec plaisir dans l'intrigue. On peut s'amuser à essayer de deviner l'identité du tueur, ou du moins ses motivations. À certains moments vous vous surprendrez à vouloir souffler des idées à Patrik.

La fin réserve une petite surprise qui sera explorée -et sans doute éclaircie- dans le cinquième volume, Tyskungen.


À propos du titre. Le mot olycksfågel désigne un "porte-poisse" (3). Pensez au personnage de Pierre Richard dans le film La chèvre si vous voulez un exemple quelque peu extrême. Un olycksfågel provoque toute sorte de désastres, petits ou grands. Celui du roman apparaît dans quelques courtes scènes. Qui est-il? Pourquoi est-il surnommé ainsi? Comment est-il lié à l'intrigue? C'est un des mystères de ce roman, aussi divertissant que les précédents.


---NOTES---
(1) Tanumshede et Fjällbacka sont deux petites localités appartenant à la même commune, voir Meurtres sur la côte ouest.

(2) L'éboueur, Leif, est un cas très particulier. Contrairement aux autres personnages du roman il existe vraiment.


(3) "Oiseau de malheur" conviendrait bien, je pense. Actes Sud a opté pour "Oiseau de mauvais augure".

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mercredi 4 novembre 2009

Nominations suédoises - cuvée 2009

La Svenska Deckarakademin a dévoilé la liste des nominations 2009 (cliquez sur les titres pour avoir plus d'informations sur les sites des auteurs ou des éditeurs).

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Sont en compétition pour le prix du meilleur roman policier suédois 2009 (l'éditeur figure entre parenthèses)

Ingrid Hedström: Flickorna i Villette (Alfabeta) voir ici pour le billet de lecture

Tove Klackenberg: Dömd på förhand (Alfabeta)

Håkan Nesser: Maskarna på Carmine Street (Albert Bonniers förlag)

Anders Roslund & Börge Hellström: Tre sekunder (Piratförlaget)

Veronica von Schenck: Kretsen (Ordfront)

Le site de l'Académie rappelle que Håkan Nesser a déjà remporté trois fois ce prix (en 1994, 1996 et 2007), sans oublier son "debutpris" (qui récompense le meilleur premier roman) en 1993.

Quelques romans de Nesser ont été traduit en français chez Seuil : Retour à la Grande Ombre, Le mur du silence, Funestes carambolages.

Roslund & Hellström sont les auteurs de La bête, traduit en français aux Presses de la Cité.

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Sont en compétition pour le prix "Martin Beck" (meilleur roman policier traduit en suédois - le titre original est en vert)

Gianrico Carofiglio: På sannolika skäl (”Testimone inconsapevole”)

Guillermo Martínez: Lucianas långsamma död (”La muerte lenta de Luciana B”)

Deon Meyer: Jägarens hjärta (”Heart of the Hunter”)

Denise Mina: I midnattens stillhet (”Still midnight”)

Andrew Taylor:Det blödande hjärtat (”Bleeding Heart Square”, voir le billet de lecture)


La Svenska Deckarakademin fera a fait connaître ses choix le 28 novembre.

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PS: on me souffle à l'oreille qu'il y aurait eu également des prix littéraires décernés en France. Le bon court, le dos de Renaud, le prix Borgia... des choses comme ça. Je n'ai pas bien saisi il y avait de la friture sur la ligne.

Bon, je plaisante un peu ;-) Félicitations à Dany Laferrière.

lundi 2 novembre 2009

Le Tailleur de pierre : des âmes brisées

L'histoire du Tailleur de pierre commence par une découverte macabre: un pêcheur de homards trouve le corps d'une fillette, Sara. Elle est morte noyée mais le médecin légiste réalise très vite que les poumons contiennent de l'eau douce, et non pas de l'eau de mer.

Fjällbacka est une toute petite ville et Erica connaît la famille de la victime. Charlotte, la mère de la jeune victime, est une amie. Erica aura ainsi l'occasion de donner un petit coup de main à son policier d'époux.

Läckberg explore ici un thème que l'on retrouvait déjà dans les deux premiers romans: le mal a des racines profondes, et il est contagieux. Le lecteur aura donc l'occasion de découvrir, en pointillés, des événements vieux de plusieurs décennies.

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Ce troisième roman de Camilla Läckberg plaira beaucoup à ceux qui ont apprécié les deux premiers. On retrouve en effet dans Le Tailleur de pierre tout ce qui fait le charme de son petit univers.

À commencer par le couple Patrik Hedström & Erica Falck, auquel s'ajoute désormais Maja (1). Le bout de chou ne parle pas encore -sa principale activité consiste à s'alimenter- mais elle pleure et "chougne" souvent, ce qui épuise l'heureuse maman qui avait une autre vision du métier de mère! Dédaigneuse des conseils de son envahissante belle-mère Erica trouvera dans un livre (2) le truc pour habituer le petit monstre à dormir dans son landau et non plus uniquement dans les bras de sa maman...

Le commissariat de Tanumshede est très présent dans ce roman aussi, mais comme il s'agit d'un Läckberg il sera souvent question des relations (parfois bonnes, parfois mauvaises) entre Patrik, Martin, Ernst, Gösta, sans oublier le suffisant commissaire Mellberg et la perspicace secrétaire Annika.

Ce troisième roman de la série contient son lot de surprises et de coups de théâtre. La vie de plusieurs personnages récurrents va connaître d'importants changements. Pour ne pas tuer le suspense (un meurtre suffit!) je ne donnerais qu'un exemple: le jeune enquêteur, Martin, emménage avec sa dulcinée dès le début du roman. On s'y attendait à la fin du Prédicateur mais maintenant ça devient sérieux.

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Ce que j'ai moins aimé: certains coups de théâtre sont justement... un peu trop théâtraux.

Ce que j'ai aimé:

Le travail sur les personnages. C'est LE point fort de Camilla Läckberg. Visiblement curieuse de la nature humaine, elle pétrit ses personnages, les façonne, leur donne du relief... quitte à les trucider sans pitié dans le court du récit. Malgré la présence de quelques clichés ici ou là (par exemple la belle-mère, perpétuelle donneuse de leçons) on prend plaisir à explorer cette galerie de portraits. L'auteure nous fait entrer dans la tête des protagonistes, y compris bien sûr dans celle du tueur.

Une belle idée: dans le Tailleur de pierre un des personnages, Morgan, souffre du syndrome d'Asperger. Pour plus d'information on pourra se référer aux associations qui ont un site Internet, comme Autisme Montréal.

Une connaissance préalable de ce syndrome n'est absolument pas nécessaire pour suivre l'histoire: Läckberg prend prétexte de l'ignorance des enquêteurs pour donner les informations "de base" nécessaires à ses lecteurs (elle envoie le brave Martin s'informer auprès d'une psychologue, ce qui s'avère bien utile).

L'intrigue. Elle est suffisamment complexe pour entretenir l'intérêt du lecteur tout au long des 475 pages du roman. Plusieurs récits s'entrecroisent (dont celui concernant le fameux tailleur de pierre) et ce n'est qu'en approchant de la fin du roman qu'ils se rejoignent et que les mystères se résolvent.

Les petites choses qui sentent bon la Suède. Par exemple lorsque Patrik, pris d'une petite faim, sort du frigo un tube de kaviar, du fromage, et se fait des tartines. Ah, le kaviar! Ça mérite un billet, tiens.

Puisqu'on parle de bouffe... je note que c'en est fini des gueuletons que Patrik et Erica se préparaient dans la Princesse des glaces. Ils ont atteint ce stade où ils n'ont plus besoin de s'éblouir mutuellement avec des recettes audacieuses. Le tube de kaviar a désormais sa place dans la cuisine des tourtereaux!

Petit conseil à ceux qui ne connaissent pas encore les romans de Camilla Läckberg: il vaut mieux lire au moins Le prédicateur avant de se plonger dans Le tailleur de pierre. Ce n'est pas absolument indispensable mais cela permet de mieux comprendre ce qui se passe entre Anna et Lucas ou la raison des tensions entre Patrik et Ernst, etc.


---NOTES---
(1) se prononce "Maya".

(2) Le livre existe: il s'agit de Barnaboken par Anna Wahlgren.

Le kaviar : trésor culinaire suédois

(photo Lars Dareberg, Sydsvenskan)

Nous apprenons dans le Tailleur de pierre que Patrik Hedström, policier à Tanumshede, aime bien se faire des tartines de kaviar.

Non, le salaire des policiers suédois ne leur permet pas de se gaver d'œufs de béluga! Le mot kaviar désigne le plus souvent une pâte à base d'œufs de morue - elle se présente en tubes et ne coûte pas très cher.

Lorsqu'un Français entre pour la première fois dans une "épicerie" québécoise il remarque tout de suite le mur de fromages cheddar: en blocs de diverses tailles ou sous forme de pâte à tartiner, le cheddar est partout. Exotisme garanti.

Un visiteur en Suède sera plutôt intrigué par les produits à base de poissons (surtout du hareng) séché ou mariné dans des sauces très variées, et par le fameux kaviar.

Le kaviar appelle la tranche de pain comme la sirène appelle le marin! L'absence de pain n'arrêtera toutefois pas le vrai fan de kaviar qui n'hésitera pas à téter le tube pour assouvir sa passion...

Ah! Si seulement nos libraires offraient un tube de kaviar gratuit pour tout polar suédois acheté. Ça stimulerait les ventes, je vous le garantis.

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Addenda: Soie mentionne en commentaire une spécialité sucrée, les kanelbullar (brioches à la cannelle). Sweden.se leur consacre une petite page, recette à l'appui. Le site propose tout un choix de plats typiques, dont la délicieuse "tentation de Jansson".

vendredi 30 octobre 2009

Lost (symbol) in Translation

La dernière brique de Dan Brown, The Lost Symbol, compte 509 pages.

Devinette: combien de temps a-t-il fallu pour traduire cet ouvrage en suédois?

Je vous laisse réfléchir... sortez vos calculettes... je divise 509 par x pages/jour...

Vous pouvez maintenant comparer votre réponse à celle de l'éditeur suédois: sept jours. Pas un de plus.

Jonas Axelsson, responsable chez Albert Bonniers Förlag, explique au magazine Svensk Bokhandel les raisons d'un si court délai (les infos de ce billet proviennent pour l'essentiel de ce très intéressant article). Les agents des "gros" auteurs anglophones, comme Dan Brown ou J.K. Rowling, bien souvent n'acceptent de communiquer le manuscrit aux éditeurs suédois qu'au moment de la sortie sur le marché des éditions britannique et américaine.

La traduction suédoise (c'est vrai aussi dans d'autres pays européens) sort des presses plusieurs semaines après les éditions en anglais.

Résultat: des ventes en moins pour les éditeurs suédois, allemands, néerlandais, etc. De nombreux lecteurs préfèrent en effet acheter l'édition britannique immédiatement plutôt qu'attendre deux ou trois mois la traduction "locale". Les amateurs francophones du célèbre Harry Potter connaissaient bien ce dilemme...

L'éditeur Norstedt avait en son temps décidé d'engager deux traducteurs pour le septième volume de la série Harry Potter afin d'accélérer la traduction et limiter les dégâts.

Albert Bonniers Förlag est allé bien plus loin. L'objectif était d'offrir la traduction suédoise 25 jours après la parution des éditions anglaises (sans compter les jours de repos).

Ces 25 jours de travail devaient se répartir ainsi: 7 jours pour la traduction, 7 jours pour le travail de correction, relecture, mise en page, le reste pour l'impression et la distribution à travers le pays.

Pour traduire 509 pages en 7 jours, deux traducteurs ne suffisent pas. Qu'à cela ne tienne, AB Förlag a fait appel à toute une équipe de traducteurs (six ou sept, selon que l'on se base sur l'article de SvB ou sur la liste des traducteurs fournie par le site de l'éditeur) : Ola Klingberg (qui réside à New York et a communiqué à l'éditeur suédois une traduction des premières pages du roman dès la sortie de l'édition américaine), Tove Janson Borglund, Gösta Svenn, Helena Sjöstrand, Leo Andersson, Lennart Olofsson, Peter Samuelsson. Ouf!

J'ai peine à imaginer les efforts qu'il a fallu fournir pour coordonner un tel orchestre et produire un résultat harmonieux et cohérent... Selon l'article de SvB, des directives avaient été transmises à tous les traducteurs avant même l'arrivée du manuscrit; de plus le groupe de travail communiquait quotidiennement par courriels afin d'assurer un échange d'informations permanent durant les sept journées fatidiques. La présence d'un spécialiste de l'Antiquité parmi l'équipe de traducteurs a également beaucoup aidé, selon l'éditeur.

Les délais ont été tenus, Den förlorade symbolen est sorti le 21 octobre, comme prévu. Le but d'AB Förlag était de convaincre le lecteur de ne pas céder à la tentation et de patienter un mois pour pouvoir lire les nouvelles aventures du Professeur Langdon "på svenska". Au vu du nombre d'exemplaires pré-commandés (290.000) l'éditeur semble avoir gagné son pari. Quelques petites imperfections sont encore présentes dans le texte final mais elles sont tout à fait mineures et seront corrigées dans une prochaine édition, promet AB Förlag.

Le lecteur impatient y gagne, les traducteurs je ne sais pas...

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Mise à jour: SvB rapporte que les ventes de l'édition anglaise de Dan Brown -avant la sortie de la traduction suédoise- ont été de 5.000 à 10.000 copies seulement. C'est un bon résultat si on compare avec les Harry Potter in English dont les ventes ont parfois dépassé les 100.000 copies avant la mise sur le marché de la version suédoise.

lundi 26 octobre 2009

Qui sème le sang : A versus K

Le deuxième roman des aventures du Groupe A est plus sombre et violent que le premier comme le titre le laisse aisément deviner: Qui sème le sang (Seuil, traduction Rémi Cassaigne).

C'est que Jan-Olov Hultin et ses six enquêteurs se trouvent confrontés à un visiteur fort indésirable: ils apprennent par le FBI qu'un tueur en série -le "Tueur du Kentucky"- aurait embarqué à New York dans un avion à destination de Stockholm après avoir torturé et assassiné un passager Suédois (qui exerçait le beau métier de critique littéraire - je soupçonne l'auteur d'y avoir pris un malin plaisir).

L'information est-elle exacte? Peut-on intercepter le tueur avant qu'il ne disparaisse dans la nature? Pourquoi serait-il venu en Suède? Qui est-il? Quels sont ses projets, si toutefois il en a?

Le lecteur disposant à peu près des mêmes informations que le Groupe A, il est possible de tenter de deviner certains éléments de l'intrigue et voir si ces hypothèses se confirment ou pas. Vous pourrez ainsi vous exclamer "Haha! j'avais raison"... ou le plus souvent découvrir que vous étiez dans l'erreur.

Comme dans Misterioso c'est le flair des enquêteurs et le travail sur le terrain qui permettront au Groupe A de progresser. L'enquête policière occupe 95% du récit; Arne Dahl étoffe un peu ses personnages dans ce deuxième opus, approfondit l'histoire personnelle de certains d'entre eux, mais c'est l'enquête et ses multiples rebondissements qui sont au premier plan.

Le rythme est soutenu, les pistes s'enchaînent, se croisent, aboutissent parfois dans des culs-de-sac... Le dénouement a de l'ampleur et réserve quelques surprises.

Les scènes de violence ne sont pas très nombreuses mais sont parfois très dures, ce n'est certainement pas une lecture pour les jeunes.
"Désormais la machine était en marche. Tout allait changer - et c'était logique. On ne trie pas ce qu'on importe du maître du monde. Quand on choisit de gober une culture entière les yeux fermés, on tombe tôt ou tard sur sa part d'ombre."
La critique sociale est encore présente dans Qui sème le sang, mais elle dépasse désormais le strict cadre suédois: la possible arrivée d'un tueur en série américain, par exemple, est perçue par certains membres du Groupe A comme une inévitable contamination de "l'Empire américain", ce qui est un point de vue amusant à défaut d'être très original.
"Le monde rétrécit, madame, messieurs. Le monde rétrécit."
L'évolution de la Suède dans les années 80-90 a, il est vrai, fortement marqué les esprits. Il y a eu l'assassinat d'Olof Palme en 1986 qui reste toujours très présent dans l'imaginaire collectif, mais aussi et surtout l'abandon du fameux "modèle suédois", la mondialisation des échanges et de la finance, les ravages de la crise économique, le chômage, la montée du crime organisé... Cela fait beaucoup de changements en peu de temps, d'où peut-être la tentation de trouver une cause bien définie à ces bouleversements. La nostalgie pour une Suède d'antan plus solidaire et plus paisible, désormais hors de portée, l'inquiétude face à un avenir incertain, tout cela transparaît dans le roman (par les voix de Paul Hjelm et Arto Söderstedt principalement).

Qui sème le sang est un polar consistant et saignant. Il plaira surtout aux amateurs d'action. Si par contre vous ne jurez que par les bonnes vieilles "cuppa tea" à l'arsenic... accrochez bien votre ceinture!

[Merci à Mathieu pour le SP]

vendredi 23 octobre 2009

Vague nordique: ça continue

The Guardian en est tout surpris: les Américains, qui sont connus pour bouder les traductions, ont fait une place à Stieg Larsson et Arnaldur Indridason lors du dernier Bouchercon: Nordic writers sweep the board in US crime awards.

Le premier volume, The Girl With the Dragon Tattoo, a récolté l'Anthony Award du Best First Novel.

Le triomphe posthume de Stieg Larsson se poursuit ailleurs dans le monde. Le troisième volume a ainsi battu des records en Espagne, avec 200.000 exemplaires vendus en une journée (le chiffre me semble énorme, mais c'est bien ce qui est indiqué dans cette brève publiée par Dagens Nyheter, voir aussi l'article initial de Svensk Bohhandel). Chacun des volumes de Millenium s'est vendu autour du million d'exemplaires. Ce succès ouvre la route à d'autres auteurs. Les traductions espagnoles de Johan Theorin et Arne Dahl (entre autres) sont en cours.

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Quelques jours après le Bouchercon, sur les bords de la Tamise cette fois, Johan Theorin était accueilli avec les honneurs et se voyait remettre The CWA John Creasey (New Blood) Dagger 2009 pour son premier roman Echoes from the Dead (Skumtimmen, traduction en anglais Marlaine Delargy).

Les jurés ont vu dans L'heure trouble "ett kraftfullt och gripande drama med en enastående upplösning" [un drame fort et émouvant avec un extraordinaire dénouement].


L'auteur, qui vit à Göteborg, a déclaré au Göteborgs Posten qu'il était très, très content, mais se demandait s'il serait autorisé à ramener dans l'avion le trophée... en forme de dague.

Nous apprenons aussi dans cet article que Johan Theorin vient tout juste de terminer son troisième roman, qui devrait sortir en avril en Suède et s'intitulera bien Blodläge (le terme est un peu macabre car on pourrait le traduire littéralement par "site du sang" -c'est du moins ainsi que je le comprends- mais il désigne en fait une strate de calcaire très rouge que l'on peut trouver sur l'île d'Öland).

Pour les lecteurs francophones il faudra sans doute attendre l'hiver 2010-2011.